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COP26 : succès ou échec ?

Écrit par :

Andréas Louis
Analyste en environnement

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C’est quoi la COP26 ?

Tous les ans, les États signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques se réunissent lors d’une conférence visant à définir un accord international en lien avec la lutte contre les changements climatiques. En 2021, la 26e conférence des parties (COP26) a abouti au Pacte de Glasgow pour le Climat.

Lors de la COP21, qui a mené à l’Accord de Paris sur le climat, les États s’étaient engagés à fournir leur contribution déterminée au niveau national (Nationally Determined Contribution ou NDC) à la lutte contre les changements climatiques, et ce, tous les 5 ans. Avant le déroulement de la COP26, 153 pays se sont alors engagés à atteindre la neutralité carbone entre 2050 et 2070. Pour rappel, il s’agit de la condition physique non négociable permettant de mettre un terme au réchauffement climatique en cours et de limiter les changements climatiques à venir.

Dans cet article, nous vous résumons les décisions les plus importantes prises lors de la COP26, afin de déterminer s’il s’agissait bel et bien d’un succès ou d’un échec. Pour être sûr de bien comprendre les enjeux en question, il peut être utile de revoir les connaissances les plus récentes sur le changement climatique.

1. Réduction de l’électricité produite au charbon

Le charbon est utilisé pour produire de l’électricité à travers le monde et était responsable de 40% des émissions de CO2 mondiales en 2019 [1]. Lors de la même année, la Chine était responsable de 67% de ces émissions*, l’Inde 14% et les États-Unis 8% [2].

*La responsabilité de la Chine dans ces 67% est à relativiser, car une partie importante de l’électricité produite à partir de charbon en Chine est utilisée pour produire des biens consommés dans d’autres pays.

Pour la première fois dans un texte issu d’un accord international sur le climat, le charbon est enfin explicitement cité alors qu’il s’agit de la source de production d’énergie la plus émettrice de gaz à effet de serre (GES). Cependant, ce n’est qu’une petite victoire comparée à la grande déception de cet accord. En effet, dans les derniers jours, l’accord a été modifié de « élimination progressive » (phase-out) à « réduction progressive » (phase down) de l’électricité produite à partir de charbon. De plus, cet objectif de réduction progressive n’est ni chiffré ni daté, ce qui n’est que très peu contraignant pour les 190 pays en ayant convenu.

L’Inde a beaucoup été mise en cause dans cette modification de dernière minute alors que les premiers États à avoir utilisé les termes de « réduction progressive » seraient les États-Unis et la Chine. De plus, il est difficile d’inculper l’Inde alors qu’un.e Indien.ne émet 10 fois moins de GES qu’un.e Canadien.ne [3], et que 55% de l’énergie consommée en Inde provient du charbon [4] ce qui rend difficile l’élimination rapide de cette source d’énergie alors que le pays est en voie de développement.

2. Diminution du financement des énergies fossiles

Le charbon n’est pas la seule énergie fossile puisque le pétrole et le gaz naturel en sont également. Ensemble, les trois énergies fossiles étaient responsables de 70% des émissions de GES en 2020 [5]. Leur financement est donc un enjeu majeur dans la lutte contre les changements climatiques.

Comme pour le charbon, pour la première fois dans un texte issu d’un accord international sur le climat, les énergies fossiles sont enfin explicitement citées. 34 pays et 5 institutions financières publiques se sont engagés à mettre fin aux investissements destinés à des projets d’exploitation d’énergies fossiles (sans techniques de capture de carbone) à l’étranger d’ici à la fin 2022. Cela représenterait environ 24 milliards de dollars américains par an, soit moins de 3% des investissements mondiaux destinés à des projets d’exploitation d’énergies fossiles en 2019, qui étaient au total de 976 milliards de dollars américains [6].

3. Mettre un frein à la déforestation

La déforestation n’était responsable que de 2.2% des émissions de GES en 2016 [7]. En revanche, la végétation a capté 31% des émissions mondiales de CO2 de 2010 à 2019 grâce à la photosynthèse (IPCC, 2021). La végétation est en effet un allié irremplaçable pour nous permettre d’atteindre la neutralité carbone et ainsi mettre un terme au réchauffement climatique. Depuis 1900, la déforestation est due à 74% à l’élevage d’animaux et à 23% aux cultures destinées à l’alimentation humaine [8]. La déforestation est aussi la première cause de la destruction des habitats naturels, qui est elle-même la première cause de l’extinction d’espèces et de la perte de biodiversité.

137 pays ont promis de mettre un terme à la déforestation d’ici à 2030. Les pays signataires, dont notamment le Brésil, l’Indonésie, la Russie et la République démocratique du Congo, recouvrent 91% des forêts mondiales. Un objectif sous-jacent de cet accord est également d’aider les pays en développement à pouvoir gérer la déforestation ayant lieu sur leur territoire, notamment au travers de trois stratégies : restaurer les terres endommagées, lutter contre les feux de forêt, et soutenir les communautés indigènes.

À première vue, il est difficile de ne pas se réjouir d’un tel accord. En revanche, un accord similaire avait déjà été conclu en 2014 (Déclaration de New York sur les forêts) et n’a absolument pas été respecté à date. De plus, la crédibilité du Brésil, qui voit sa déforestation augmenter depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro il y a 2 ans, peut être remise en question.

4. Réduction des émissions de méthane

Le méthane est le deuxième GES en importance d’origine humaine, responsable de 17% des émissions de GES en 2016 [9]. 41% des émissions de méthane sont dues à l’agriculture intensive (élevage et rizière notamment) et 31% à l’exploitation d’énergies fossiles (gaz naturel et pétrole notamment) [10].

109 pays se sont engagés à réduire de 30% leurs émissions de méthane d’ici à 2030, par rapport à leur niveau de 2020. Ces pays signataires, dont l’Union européenne et les États-Unis, ne représentent cependant que 46% des émissions mondiales de méthane. La Chine, la Russie et l’Inde sont notamment absentes.

Même si cet accord est une première, réduire 46% des émissions mondiales de méthane de 30% ne permettra de réduire le réchauffement climatique seulement de 0.05 °C en 2050 [11].

5. Aide aux pays en développement

En 2009, les pays développés avaient promis un financement annuel aux pays en voie de développement dans le but de les aider à réduire leurs émissions de GES. En revanche, les pays développés n’ont jamais respecté le montant promis de 100 milliards de dollars américains par an et plafonnent à 80 milliards ces dernières années.

Le Pacte de Glasgow « constate avec un profond regret » le non-respect de cet objectif de financement. Outre l’ironie de ce constat, les pays développés sont encouragés à respecter le montant annuel de 100 milliards de dollars américains promis, et ce, jusqu’en 2025. En revanche, aucune compensation du manque à gagner des années précédentes n’est prévue dans le Pacte. Avec les nouveaux engagements pris par les pays développés, il est prévu que les 100 milliards soient atteints à compter de 2023.

6. Aide à l’adaptation

Alors que les États-Unis sont responsables de 40% du changement climatique et l’Union européenne de 29% (Hickel, 2020), certains pays n’y ont pas ou très peu contribué, mais subissent en premier les conséquences de ces changements. Il s’agit notamment des États membres de l’Alliance of Small Island States (AOSIS) qui sont fortement menacés par la montée des eaux.

Pour pallier cela, les pays développés se sont engagés à donner plus de 600 millions de dollars américains aux pays vulnérables aux changements climatiques. Bien qu’il s’agisse d’un montant record, cette aide à l’adaptation est 150 fois moins élevée que celle destinée à la réduction des GES. Pour rappel, ces États vulnérables sont pour certains insulaires et potentiellement voués à disparaître d’ici à la fin du siècle à cause de la montée des eaux…

7. Mise en place d’un marché du carbone

La mise en place d’un marché du carbone mondial est en négociation depuis plus de 4 ans, sans succès. Un tel marché permet à un État ou une entreprise qui émet trop de GES, par rapport à des quotas définis, de compenser ses surplus d’émissions en achetant des crédits carbone.

Lors de la COP26, les États se sont enfin entendus pour définir les conditions et spécificités d’une organisation mondiale pour le marché du carbone. Le but de ce système est d’amener des investissements dans des projets permettant de réduire les émissions à l’échelle mondiale, par exemple en finançant des projets de reforestation.

Une des potentielles limites de ce marché est d’inciter indirectement les pays ou entreprises riches à compenser leurs émissions, au lieu de les inciter à réduire directement leurs émissions. Pour éviter que ces pays ou entreprises riches continuent d’émettre autant de GES sans faire d’effort d’atténuation, il faut définir un quota mondial d’émissions suffisamment faible pour que le coût du carbone devienne suffisamment élevé et que cela soit plus rentable pour les pays ou entreprises de réduire leurs émissions plutôt que de les compenser. L’Article 6 du Pacte, traitant du marché du carbone, est ainsi amené à être complété et amélioré.

Et après ?

Les actions engagées par les États avant la COP26 amenaient à une augmentation de la température moyenne mondiale de +2.7 °C d’ici la fin du siècle ; alors que les objectifs pris à l’issue de cette COP amènent, dans un scénario très optimiste où ils sont tous atteints, à une augmentation de +1.8 °C.

Il s’agit là d’une réelle amélioration, qui se rapproche de l’Accord de Paris visant une limitation de l’augmentation de la température à +1.5 °C si possible et sinon +2 °C. En revanche, cette amélioration n’est toujours pas suffisante et les États devront alors préparer et présenter une contribution nationale (ou NDC) de réduction des GES renforcée l’année prochaine lors de la COP27, au lieu de dans 5 ans. De plus, tant que ces objectifs ne seront pas complétés par des stratégies ainsi que des actions, il paraît difficilement envisageable qu’ils soient atteints. Pour l’instant, les émissions mondiales de GES n’ont jamais cessé d’augmenter depuis la COP1 en 1995 (sauf en 2020 pour cause de Covid-19).

De manière générale, les COP permettent de définir un cadre et des objectifs acceptés et validés par tous les États signataires. Il faut laisser les COP à leur juste place et ne pas en attendre trop d’elles et, dans une certaine mesure, ne pas se décourager de leur manque d’ambition.

Ultimement, le succès ou l’échec de notre lutte contre les changements climatiques sera surtout déterminé par la mise en place de stratégies par les États à l’intérieur même de leurs frontières, ainsi que leurs applications concrètes par les entreprises, organisations et citoyen.ne.s.

Source :

IPCC (2021). Technical Summary (p.46). In Climate Change 2021: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Sixth Assessment Report.

Hickel, J. (2020). Quantifying national responsibility for climate breakdown: an equality-based attribution approach for carbon dioxide emissions in excess of the planetary boundary. The Lancet Planetary Health, 4(9), 399-404. https://doi.org/10.1016/S2542-5196(20)30196-0

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