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COP26 : le dernier rapport du GIEC en 8 points clés

Écrit par :

Andréas Louis
Analyste en environnement

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« Il est sans équivoque que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les terres. Des changements rapides et généralisés se sont produits dans l’atmosphère, les océans, la cryosphère et la biosphère. » 

Voilà les premières phrases du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dévoilé cet été. Alors que la 26e Conférence des parties sur les changements climatiques (COP26) commence aujourd’hui, il est nécessaire de rappeler les connaissances les plus récentes à propos du dérèglement climatique en cours et à venir.

Afin de vous aider à y voir plus clair et à comprendre les enjeux soulevés dans le rapport, nous vous avons préparé un résumé en 8 points clés.

1. Le climat de la Terre se réchauffe...

Chacune des quatre dernières décennies a été successivement plus chaude que toutes les décennies qui l’ont précédée depuis 1850.

Pendant la décennie 2011-2020, la température à la surface du globe était supérieure de 1,09 °C par rapport à celle de 1850-1900. Cette augmentation de température est une moyenne mesurée sur toute la surface du globe et ne montre pas certaines disparités géographiques. Par exemple, les augmentations de température sont plus importantes sur les terres (+ 1,59 °C) que sur les océans (+ 0,88 °C).

Graphique : Évolution de la température moyenne à la surface du globe par rapport à 1850-1900

Evolution de la température moyenne par rapport 1850-1900

Source : Figure SPM.1 a) issue de IPCC AR6 WGI

2. ...et il change sous plusieurs aspects

Il y a encore quelques années, le terme de «réchauffement climatique» était utilisé ; mais désormais, celui de «changement climatique» s’est imposé. En effet, des dérèglements de plusieurs paramètres du climat de la Terre sont observables :

  • Les chaleurs extrêmes sont devenues plus fréquentes et plus intenses depuis 1950 ; tandis que les froids extrêmes sont devenus moins fréquents et moins intenses;
  • Les sécheresses ont augmenté dans plusieurs régions depuis 1950;
  •  Les conditions météorologiques propices aux incendies deviennent plus fréquentes;
  • Les fortes précipitations sont devenues plus fréquentes et plus intenses depuis 1950;
  • Les océans se réchauffent, s’acidifient, et perdent de l’oxygène depuis 1970.
  • La proportion mondiale de cyclones tropicaux majeurs a augmenté depuis 1980;
  • Le niveau moyen de la mer a augmenté de 0,2 m entre 1901 et 2018, mais avec un niveau d’augmentation annuel 3x supérieur entre 2006 et 2018 par rapport à celui entre 1901 et 1971;
  • La superficie de la banquise Arctique a diminué de 40% en septembre et de 10% en mars depuis 1980;
  • La surface de la calotte glaciaire du Groenland fond depuis 2 décennies.
  • La couverture neigeuse de l’hémisphère Nord au printemps diminue depuis 1950;
  • Les glaciers reculent depuis 1990.
De manière générale, le changement climatique se traduit par une intensification des phénomènes extrêmes avec une tendance au réchauffement. C’est-à-dire que les zones subissant déjà des phénomènes extrêmes, comme par exemple les inondations et les sécheresses, en subiront davantage.

3. Ces changements sont inédits depuis (très) longtemps

Actuellement : 

  • La température moyenne à la surface du globe a augmenté plus rapidement pendant la période 1970-2020 que dans n’importe quelle autre période de 50 ans au cours des 2 000 dernières années;
  • Les températures de cette dernière décennie dépassent celles de la période chaude la plus récente (il y a 6 500 ans) et sont semblables à celles de la période chaude précédente (il y a 125 000 ans);
  • La montée du niveau des mers est la plus rapide depuis au moins 3 000 ans;
  • La surface de la banquise arctique en fin d’été est la plus réduite depuis au moins 1 000 ans;
  • Le recul des glaciers est sans précédent depuis au moins 2 000 ans.

4. Des activités humaines en sont l’unique cause

La meilleure estimation de l’augmentation totale de la température à la surface du globe imputable à l’Homme entre 1850-1900 et 2010-2019 est de 1,07 °C (pour rappel : l’augmentation observée est de 1,09 °C).

Les augmentations observées des concentrations de GES dans l’atmosphère ont contribué à un réchauffement d’environ +1,5 °C. En effet, depuis cette dernière décennie :

  • La concentration en dioxyde de carbone CO2 (environ 410 ppm) dans l’atmosphère est la plus élevée depuis au moins 2 millions d’années.
  • Les concentrations en méthane CH4 et protoxyde d’azote N2O (1866 ppb et 332 ppb respectivement) sont les plus élevées depuis au moins 800 000 ans.

Ces augmentations des concentrations de GES sont dues aux émissions de ces GES par des activités humaines, comme l’utilisation d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) dans les transports, l’industrie et les bâtiments ; ou encore comme l’agriculture et la déforestation.

D’autres facteurs humains (principalement les aérosols, formés notamment grâce au dioxyde de soufre SO2) ont masqué une partie de ce réchauffement et contribué à un refroidissement d’environ -0,4 °C.

Les facteurs naturels (solaires et volcaniques) et la variabilité interne du climat n’auraient pas modifié de manière significative la température à la surface du globe.

Finalement, le réchauffement observé de +1,09 °C correspond bien aux contributions humaines d’environ : +1,5 (GES) -0,4 (aérosols) = +1,1 °C.

Graphique : Evolution de la température à la surface du globe par rapport à 1850-1900

Evolution de la température par rapport 1850-1900

Source : Figure SPM.1 b) issue de IPCC AR6 WGI

5. Le climat arrêtera de se réchauffer quand on aura atteint la neutralité carbone…

Atteindre la neutralité carbone signifie émettre autant de CO2 que les terres (par la photosynthèse) et les océans (causant l’acidification) – et éventuellement l’humanité (par des moyens techniques) – sont capables d’en capter. Soit : CO2 émis – CO2 captés = 0 (zéro émission nette).

Le fait d’atteindre et de maintenir des émissions nettes de CO2 nulles et de réduire l’impact net des autres GES (CH4 et N2O notamment) mettrait fin au réchauffement climatique d’origine humaine.

En revanche, arrêter le réchauffement climatique ne signifie pas le supprimer. Une fois la neutralité carbone atteinte et maintenue, le réchauffement climatique diminuera progressivement et lentement pendant plusieurs siècles, voire millénaires. Il est très peu probable que l’on connaisse, à l’échelle de temps d’une vie humaine, un niveau de réchauffement moins élevé que celui connu actuellement.

6. ...mais continuera de changer sous plusieurs aspects

En effet, arrêter le réchauffement climatique ne signifie pas non plus arrêter le changement climatique.

  • Pour les océans, les changements suivants sont irréversibles à une échelle allant du siècle au millénaire : température globale, acidification et désoxygénation. Les émissions passées de GES ont condamné les océans à : un réchauffement futur, une acidification future et une perte d’oxygène future, dont les vitesses et intensités dépendront des émissions futures.
  • Le niveau moyen des mers continuera d’augmenter d’au moins 0,37 m en 2150. A plus long terme, le niveau des mers est condamné à augmenter pendant des siècles, voire des millénaires, en raison de la poursuite du réchauffement des océans profonds et de la fonte des calottes glaciaires. Ce niveau restera plus élevé pendant des milliers d’années. 
  • La poursuite de la perte de glace au cours du 21e siècle est pratiquement certaine pour l’inlandsis groenlandais et probable pour la calotte glaciaire de l’Antarctique. 
  • Les glaciers polaires et de montagnes sont condamnés à continuer de fondre durant des décennies ou siècles, quoiqu’il arrive concernant les émissions futures.
  • La perte de carbone du pergélisol après le dégel du pergélisol est irréversible à l’échelle du siècle. 

Il est important d’admettre ces phénomènes futurs pour s’y préparer au mieux. De manière générale, il faut veiller à certaines caractéristiques du système climatique comme ses boucles de rétroaction positive* et sa non-linéarité. Ces deux spécificités peuvent amener des effets d’emballement (accélération) et des points de non-retour (irréversibilité) : un réchauffement de 2 °C comporterait alors trois fois plus de risques q’un de 1,5 °C [1].

*Boucle de rétroaction positive = conséquence renforçant sa cause. Par exemple : la fonte des glaces est une des conséquences du changement climatique, mais cette fonte renforce aussi le réchauffement climatique en réfléchissant moins d’énergie solaire.

7. Le climat continuera de se réchauffer tant que l’on n’aura pas atteint la neutralité carbone

Une autre manière de comprendre le point 5 est ainsi. En effet, atteindre la neutralité carbone est la condition physique non négociable pour mettre un terme au réchauffement actuel et limiter les changements futurs. Et pour atteindre la neutralité carbone, il faut émettre environ 2 tonnes d’équivalent CO2 par personne et par an (t éq.CO2/pers/an).

Cela veut dire que tant que l’on émettra plus de 2 t éq.CO2/pers/an en moyenne, le climat continuera de se réchauffer et de changer d’autant plus. A titre comparatif, un.e Canadien.ne moyen.ne émet 21 t éq.CO2/an et un.e Québécois.e moyen.ne, 15 t éq.CO2/an [2]. Cela montre un aperçu des efforts à fournir avant de pouvoir prétendre arrêter le réchauffement en cours et limiter les changements à venir.

Pour limiter le réchauffement à +1.5°C comme adopté dans l’accord de Paris en 2015, il est possible d’émettre encore entre 300 à 500 milliards de tonnes de CO2 à compter de 2020. Au rythme actuel d’émissions de CO2, ce budget carbone sera épuisé entre 2026 et 2031. Autrement dit, si l’on continue d’émettre autant de CO2 par an jusqu’à la fin de la décennie en cours, il est certain qu’un réchauffement de +1,5 °C sera dépassé et que l’accord de Paris ne sera pas respecté avec 70 ans d’avance!

8. Chaque dixième de degré de réchauffement supplémentaire démultiplie les changements

Le GIEC présente 5 scénarios d’émissions de GES à l’horizon 2100.

Graphique : Émissions annuelles futures de CO2 selon les 5 scénarios

Émissions annuelles futures de CO2 selon les 5 scénarios

Source : Figure SPM.4 issue de IPCC AR6 WGI

Dans les 5 scénarios, des différences commenceraient à être perçues dans un délai d’environ 20 ans pour la température à la surface du globe, et sur des périodes plus longues pour d’autres principaux éléments du système climatique.

  • La température à la surface du globe continuera d’augmenter au moins jusqu’au milieu du siècle dans tous les scénarios d’émissions envisagés. Le réchauffement planétaire de 1,5°C et 2°C sera dépassé au cours du 21e siècle, à moins que de très importantes réductions des émissions de CO2 et d’autres GES n’interviennent dans les prochaines décennies.
  • Au cours des prochaines 2 000 années, le niveau moyen des mers augmentera de 2 à 3 m si le réchauffement est limité à 1,5°C, de 2 à 6 m s’il est limité à 2°C, et de 19 à 22 m pour un réchauffement de 5°C.

Graphique : Évolution de la température moyenne à la surface du globe par rapport à 1850-1900

Évolution de la température moyenne à la surface du globe par rapport à 1850-1900

Source : Figure SPM.8 a) issue de IPCC AR6 WGI

De nombreux changements dans le système climatique s’amplifient en relation directe avec l’augmentation du réchauffement de la planète. Il s’agit notamment de :

  • l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des extrêmes de chaleur, des vagues de chaleur marine et des fortes précipitations ; 
  • des sécheresses agricoles et écologiques dans certaines régions ;
  • la proportion de cyclones tropicaux intenses ;
  • les réductions de la glace de mer arctique, de la couverture neigeuse et du pergélisol.
Graphique : Variations de paramètres clés du climat
Variations de paramètres clés du climat-2

Source : Figures SPM.5 b) et c) issues de IPCC AR6 WGI

Le GIEC a développé un atlas interactif pour prendre connaissance des conséquences du changement climatique dans sa région et à travers le monde.

La nécessité d'une mobilisation rapide et de tous

L’enjeu principal du changement climatique en cours est sa vitesse d’évolution. En effet, des changements ne sont pas problématiques tant que les écosystèmes – humains inclus – sont capables de s’adapter à ces changements aussi rapidement qu’ils ont lieu. Mais certains changements en cours sont biens plus rapides que ceux ayant eu lieu naturellement entre les dernières périodes glaciaires et interglaciaires, qui ne correspondaient d’ailleurs qu’à une différence de 5 °C de température moyenne

Le GIEC présentera justement les impacts des changements en cours et à venir sur les écosystèmes et la biodiversité, et surtout sur les sociétés humaines en fonction de leurs vulnérabilités et capacités d’adaptation, dans son prochain rapport publié en février 2022. Pour éviter de faire face à des changements non-maîtrisés, le GIEC présentera également plusieurs scénarios de solutions de limitation du changement climatique dans un autre rapport publié en mars 2022. 

En attendant, rien de plus simple que de réaliser son bilan carbone pour connaître son impact sur le climat et pouvoir prendre des mesures visant une empreinte carbone de 2 t éq.CO2 par an au plus tôt. S’informer, échanger et s’impliquer collectivement permettent également de ne pas se sentir seul face à ce grand défi et de faciliter l’action!

Sources :

Remerciements à Yann Rozier pour sa traduction en français des figures issues du rapport du GIEC.

[1] : Magnan, A.K., Pörtner, HO., Duvat, V.K.E. et al. Estimating the global risk of anthropogenic climate change. Nature Climate Change, 11, 879–885 (2021). https://doi.org/10.1038/s41558-021-01156-w 

[2] : Dobson, S. et Fellows, G.K. Big and Little Feet: A Comparison of Provincial Level Consumption- and Production-Based Emissions Footprints. The School of Public Policy Publications, 10:23, (2017). https://doi.org/10.11575/sppp.v10i0.43037

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