Compostage ou biométhanisation : la valorisation des résidus organiques

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Éco-quartier Sud-Ouest
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Du 20 au 26 octobre 2025, c’est la Semaine québécoise de réduction des déchets! Pour souligner l’occasion et alimenter vos réflexions, l’éco-quartier Sud-Ouest propose un duo d’articles thématiques sur la gestion des déchets.

Le 1ᵉʳ octobre 2025, les équipes des éco-quartiers du Sud-Ouest et de Lachine ont eu l’opportunité de visiter le Centre de traitement des matières organiques (CTMO) dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Sa mission : transformer un mélange de résidus alimentaires et de résidus verts en compost de grande qualité.

Pour bien comprendre les opérations du CTMO, faisons d’abord un survol des différences entre l’enfouissement et la valorisation des matières organiques.

Quelle est l’importance du tri?

Lorsqu’on regarde de plus près les matières des collectes de déchets, on en vient à la conclusion qu’un bon nombre d’entre eux pourraient être évités, ou du moins, mieux triés. En effet, au Québec, 57% des déchets ménagers sont compostables!

On pourrait penser que l’enfouissement des déchets organiques n’est pas problématique puisque c’est « naturel », que ce processus s’apparente au compostage. Cependant, il manque un élément important : l’oxygène. Dans un environnement aérobie, c’est-à-dire en présence d’oxygène, la décomposition relâche majoritairement du CO₂. Au contraire, dans un environnement pauvre en oxygène, dit anaérobie, la matière organique se putréfie et relâche du méthane, un gaz à effet de serre ayant un potentiel de réchauffement environ 28 fois supérieur au CO₂. C’est le cas avec l’enfouissement des résidus alimentaires.

Jeu du CTMO sur les matières organiques à mettre au compost
Les deux secteurs de collecte de résidus alimentaires et verts de l’île de Montréal

Bien que les sites d’enfouissement modernes soient équipés de systèmes de collecte des gaz permettant de purifier une partie du méthane dégagé en gaz naturel, la matière organique solide qui reste après la décomposition est gaspillée. 

Saviez-vous que selon la municipalité ou l’arrondissement où vous résidez sur l’île de Montréal, vos restes de table et vos résidus de jardin ne sont pas traités au même endroit et de la même façon? En effet, il existe plusieurs procédés de valorisation des matières organiques dont les retombées exactes diffèrent. Démystifions le tout!

Le compostage en système fermé

Le Centre de traitement des matières organiques (CTMO), qui a ouvert ses portes en septembre 2024 dans l’arrondissement de Saint-Laurent, est une installation novatrice au Québec : il s’agit d’un centre de compostage aérobie où l’entièreté du processus se déroule à l’intérieur du bâtiment, en environnement contrôlé. Le CTMO traite l’ensemble des résidus de jardin et de cuisine des villes liées de l’ouest de Montréal et des arrondissements de Pierrefonds-Roxboro, Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Lachine et Saint-Laurent.

Vue aérienne des installations du CTMO (Source: Ville de Montréal)
Entreposage de la recette de compost dans l’usine du CTMO

Le processus de compostage en système fermé

  • Les intrants, c’est-à-dire tout ce qui provient des bacs bruns des localités desservies, sont d’abord broyés, tamisés et mélangés pour former la recette du compost. La recette parfaite doit contenir la bonne proportion de résidus verts (riches en carbone) et alimentaires (riches en azote), et avoir un taux d’humidité de 50 à 60%.
  • Ce mélange passe alors trois semaines dans des tunnels aérés pour la phase de compostage actif, durant laquelle les micro-organismes digèrent rapidement la matière organique. C’est une réaction dite thermophile, c’est-à-dire qu’elle produit beaucoup de chaleur. La matière libère aussi de l’eau contaminée appelée lixiviat, qui est recueillie et hygiénisée avant d’être retournée dans les recettes. De même, la chaleur est recirculée, et les gaz produits sont captés et traités.
  • Le compost est ensuite placé dans un casier de maturation légèrement aéré pendant quatre semaines. Son activité microbiologique et sa température se stabilisent.
  • Finalement, le compost mature est tamisé. Il est certifié BNQ type A, c’est-à-dire qu’il est sans restriction d’usage et sécuritaire pour l’agriculture, la plantation d’arbres ou le jardinage personnel.

Lors de notre visite du CTMO, nous avons appris que les avantages de composter en système fermé sont multiples. D’abord, le compostage actif en tunnels permet un contrôle précis de la température, de l’humidité et de l’aération, ce qui accélère la décomposition et rend possible le maintien du rythme des opérations à l’année longue. De plus, un système de biofiltration permet d’éviter toute émanation d’odeurs désagréables ou de particules nocives dans l’air environnant.

Le compostage en système ouvert

En attendant l’entrée en service d’une autre usine de valorisation (voir plus bas), beaucoup des résidus alimentaires collectés à Montréal sont traités hors de l’île par compostage en andains retournés. C’est le cas notamment au Dépôt Rive-Nord, à Saint-Thomas. En quoi consiste cette technologie de traitement?

Avec cette méthode, les résidus alimentaires sont déposés à l’air libre en longs monticules étroits, les andains. Comme le compostage en système fermé, le processus est aérobie : grâce au brassage régulier, la matière organique est suffisamment aérée pour ne pas produire de méthane. La taille de l’andain est variable en fonction des caractéristiques des résidus, afin de garder la bonne température pour permettre l’évaporation de l’eau et l’élimination des pathogènes, et ainsi accélérer la décomposition.

Ce type de compostage est simple et requiert peu d’équipement spécialisé. Par contre, il nécessite beaucoup d’espace et pose certains défis, dont les odeurs et une durée de traitement de 6 à 18 mois qui est ralentie en hiver. Ces contraintes rendent le compostage en système ouvert peu adapté pour des milieux densément peuplés comme Montréal.

Compostage en andains à Saint-Michel, Québec (Source: FCQGED)

La biométhanisation

Une autre méthode de valorisation des matières organiques existe, tout aussi efficace que le compostage : la biométhanisation. C’est justement une usine de biométhanisation qui va voir le jour à Montréal d’ici la fin de l’année 2025, avec pour objectif de traiter les résidus alimentaires des localités non desservies par le CTMO, dont ceux du Sud-Ouest.

Comment est-ce que ça fonctionne? Le principe est assez proche… de notre propre système digestif! Les résidus alimentaires, après avoir été séparés des matières inorganiques, sont broyés et humidifiés pour ensuite être introduits dans un digesteur fermé anaérobie. Le processus dure environ 20 jours, durant lesquels les micro-organismes naturellement présents dans les résidus vont travailler fort.

En l’absence d’oxygène, les bactéries produisent du méthane qui est entièrement capté et récupéré pour être utilisé par des industries ou pour chauffer des habitations. Quant à la matière solide récupérée en fin de processus, appelée digestat, elle peut être déshydratée et utilisée comme fertilisant, ou encore intégrée à la recette du processus de compostage. L’eau injectée pour hydrater les résidus au début du processus est aussi traitée et réutilisée.

Vue aérienne de l’usine de biométhanisation de Varennes, Québec (Source: SÉMECS)

La biométhanisation est mieux adaptée aux résidus alimentaires qu’aux résidus verts pour deux raisons : leur taux d’humidité important et leur facilité à se décomposer. Ça tombe bien, car dans l’est de Montréal, la forte densité de population et le peu d’espaces verts entraîne une production accrue de résidus alimentaires par rapport aux quantités de résidus verts.

Alors, avez-vous hâte que vos restes de table nourrissent ce nouvel estomac?

Vous voulez profiter du compost municipal?

Chaque printemps, l’éco-quartier Sud-Ouest, grâce à la Ville de Montréal, distribue gratuitement du paillis, des végétaux et du compost. Avec nos quatre points de collecte dans différents quartiers de l’arrondissement, il vous est possible de vous en procurer, même à pied!

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