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L’obsolescence programmée : un piège à la consommation?

Écrit par :

Maria Camila Gallego Betancur
Stagiaire en communication

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L’environnement, c’est l’affaire de tout le monde – encore faut-il savoir de quoi on parle! Dans cette nouvelle série, le GRAME démystifie 10 notions environnementales dont nous entendons souvent parler dans les médias ou simplement dans notre vie de tous les jours.

Dans ce septième article de la série, on se penche sur un phénomène qui s’appelle l’obsolescence programmée. Avec les nombreuses innovations technologiques et les publicités qui glorifient les derniers « gadgets », la soif de nouveauté est plus présente que jamais. Tous ces ingrédients contribuent à vouloir produire plus et, souvent, de moindre qualité.

C’est quoi, l’obsolescence programmée?

Simplement dit, l’obsolescence programmée correspond à la volonté de réduire la durée de vie d’un objet pour favoriser un nouvel achat plus rapidement. Il s’agit donc d’une stratégie qui augmente la production et la consommation.

Ce phénomène a débuté à la suite de la crise économique de 1929. Pour augmenter les ventes et sortir de la crise, une stratégie de renouvellement a été déployée. Le but? Permettre aux consommateurs d’acheter à plus faible coût et aux entreprises de rentabiliser les profits.

De plus en plus de produits ont des cycles de vie écourtés. Les réfrigérateurs de nos grands-mères restaient fonctionnels des décennies, ce qui n’est habituellement plus le cas de nos jours. Au Canada, selon une enquête réalisée par Équiterre en 2018, « seulement 15 % des répondants n’ont acquis aucun appareil électroménager dans les deux dernières années et 17 % dans le cas des appareils électroniques ».

Nous sommes donc porté.e.s à changer d’appareils après seulement quelques années d’utilisation. Mais pourquoi?

L’obsolescence sous différentes formes

La réduction de la durée de vie des appareils peut se produire pour plusieurs raisons. On distingue ainsi trois principaux types d’obsolescence programmée :

  1. L’obsolescence fonctionnelle ou technique : lorsqu’on ne peut pas remplacer une pièce défectueuse d’un produit, ce qui affecte le fonctionnement entier.
  2. L’obsolescence logicielle : lorsqu’il n’est plus possible de faire une mise à jour ou installer une application sur un appareil électronique, ce qui le rend désuet pour certaines utilisations.
  3. L’obsolescence esthétique ou psychologique : lorsque de nouveaux produits plus performants font leur entrée sur le marché et la publicité incite à un renouvellement plus rapide même si le produit est encore fonctionnel.

Ces différents types d’obsolescence contribuent au phénomène d’accélération du renouvellement de produits.

Un lourd impact environnemental, mais aussi social

En raison de la demande croissante en matière d’électroniques, plus de ressources sont exploitées et plus de déchets sont rejetés dans l’environnement chaque année.

D’abord, la production d’appareils nécessite d’importantes quantités d’énergies fossiles. La phase de production des appareils électroniques est celle qui contribue le plus aux changements climatiques. Par exemple, pour un téléviseur de 30 à 40 pouces, le poids carbone pour la production des matières premières et la fabrication des composantes est de 299 kg éq/CO₂ , alors que la phase d’utilisation produit uniquement est de 41 kg éq/CO₂.

C’est quoi, l’éq/CO2 ?

Les changements climatiques sont causés par différents gaz à effet de serre, que nous avons détaillés dans le deuxième article de cette série. Puisque chacun des gaz à un potentiel de réchauffement différent, l’éq/CO₂ est une mesure qui ramène les impacts des différents gaz sur un pied d’égalité. Grâce à cet indicateur, il est donc plus facile de comparer les conséquences environnementales d’une action, d’un produit ou d’un service, par exemple. Tu aimerais en apprendre plus sur éq/CO₂ le média Unpointcinq.ca a préparé un excellent article à ce sujet.

La phase de production de nouveaux produits est la plus énergivore, et donc la plus coûteuse pour l’environnement. Cela soulève aussi l’intérêt de recyclage des produits pour limiter le surinvestissement des énergies fossiles.

Capture d’écran de l’infographie de l’ADEME sur le poids carbone

Selon un rapport de l’ONU, en 2019 dans le monde, seulement 17,4% des déchets électroniques ont été collectés et recyclés, alors que le reste sont déversés ou brûlés, dégageant des substances nocives pour l’environnement et la santé humaine.

Autre enjeu important : puisque les déchets électroniques sont très coûteux à recycler, les pays occidentaux les envoient souvent vers l’Asie, où la main d’œuvre est sous-payée pour réduire les frais. Ce phénomène accentue les inégalités sociales, d’autant plus que ces déchets présentent des dangers pour la santé humaine et pour l’environnement.

Les groupes vulnérables comme les enfants sont particulièrement touchés par ce réseau informel : les substances toxiques sont dommageables pour leur cerveau et leur croissance.

En plus des impacts directs, la réduction des cycles de vie des appareils électroniques contribue à la dégradation environnementale, notamment « l’épuisement des ressources naturelles, émission de gaz à effet de serre, destruction de la couche d’ozone, acidification de l’air, eutrophisation de l’eau et croissance importante des déchets » (Équiterre, 2018, p.10)

S’outiller contre l’obsolescence programmée

Devant ce phénomène qui peut toucher une multitude de biens de consommation, les consommateurs.trices ont un rôle à jouer. Voici quelques suggestions :

Effectuer des achats plus durables

  • Privilégier si possible des appareils de qualité qui seront plus résistants, par exemple des produits qui ont une garantie à vie;
  • S’informer sur la possibilité de remplacer des pièces séparées en cas de bris;
  • Repérer des certifications qui garantissent la qualité, comme le sceau « Protégez-vous recommande » et « Energy Star »; (Équiterre, 2018);
  • Considérer l’achat de produits ou appareils de seconde main.

Prolonger la durée de vie des appareils

  • Protéger les appareils avec des accessoires comme des étuis, afin de diminuer les dommages en cas de chute (SQDR);
  • Maximiser la durée de vie des batteries en suivant les recommandations du fabricant à ce sujet (SQDR);
  • Résister à la tentation de remplacer simplement parce qu’un produit plus neuf est apparu sur le marché.

En cas de bris

  • Penser d’abord aux possibilités de réparation. Différentes initiatives existent, comme des ateliers ou des cafés de réparation, des tutoriels en ligne, des communautés pratiques et des répertoires de professionnels, etc. (Équiterre, 2018);
  • Si l’appareil ne peut être réparé, s’assurer de l’amener dans un point de dépôt, comme l’Éco-quartier Lachine. Consultez le répertoire des points de dépôt au Québec ici.

Le plus grand potentiel d’impact est de recycler, réutiliser, rééemployer et acheter de seconde main. Moins on consomme de produits qui ont de l'obsolescence programmée, moins on pollue

Ségolène Montagny, Chargée de projets ICI au GRAME

L’obsolescence programmée est un phénomène difficile à identifier et à prouver. Les entreprises n’ont pas toujours de mauvaises intentions, et le consommateur peut aussi avoir sa part de responsabilité. C’est d’ailleurs une controverse existante autour du concept d’obsolescence programmée, qui remettrait la responsabilité davantage sur les producteurs. Le terme obsolescence prématurée commence à être privilégié par certain.e.s, puisqu’il prend en compte la responsabilité des différentes parties.

S’informer sur différents aspects de la production, la composition et l’entretien des biens au moment de faire des achats demeure la meilleure façon de rester alerte devant le phénomène de l’obsolescence programmée. Dans le prochain article, nous nous intéresserons aussi à des choix de consommation, mais cette fois dans le secteur de l’alimentation, et plus précisément la notion d’agriculture biologique.

Pour aller plus loin :

Voici quelques ressources et lectures pour en apprendre plus sur l’obsolescence programmée :

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