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L’anthropocène : l’ère des humains

Écrit par :

Maria Camila Gallego Betancur
Stagiaire en communication

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L’environnement, c’est l’affaire de tout le monde – encore faut-il savoir de quoi on parle! Dans cette nouvelle série, le GRAME démystifie 10 notions environnementales dont nous entendons souvent parler dans les médias ou simplement dans notre vie de tous les jours.

Dans ce cinquième article, nous aborderons la notion d’« anthropocène », utilisée pour parler de l’impact important que les humains ont sur l’environnement. Nous en avons l’exemple concret lorsque nous observons les perturbations climatiques qui mettent en danger les différentes formes de vie sur Terre.

Anthropo-quoi? Définition de l'anthropocène

Le terme anthropocène provient du grec ancien anthropo (ἄνθρωπος), qui veut dire « Être humain » et cène (καινός), qui veut dire « nouveau » et qui est le suffixe qu’on utilise pour nommer une époque géologique. Dans les années 1970, Paul Crutzen, météréologue néerlandais et récipiendaire du prix Nobel de chimie, a découvert comment les polluants atmosphériques détruisent la stratosphère. Ses recherches l’ont mené à proposer en 2000, lors d’une conférence à Cuernavaca, au Mexique, le terme « anthropocène » pour désigner cette nouvelle période dans laquelle l’activité humaine est un facteur important dans la dégradation de l’environnement.

Le climat de la planète Terre a évolué naturellement durant des milliards d’années, passant par des périodes glaciales ainsi que des climats plus chauds. L’humanité s’est développée depuis les 12 000 dernières années, et pourtant, l’humain est la seule espèce qui a perturbé le cours évolutif de la planète de façon importante. Tout cela, sur une courte période de temps qui correspond au développement des sociétés industrialisées.

Les débuts de l’anthropocène Il n’y a pas de consensus sur le début de la période anthropocène, mais certains proposent de situer le début symbolique à la révolution industrielle; avec le perfectionnement de la machine à vapeur, la société entame une dépendance aux énergies fossiles. Cela dit, c’est surtout après la Deuxième Guerre mondiale que la société de consommation se développe, et avec elle, une surexploitation des ressources naturelles.

L’anthropocène se caractérise donc par une accélération des changements dans de nombreux systèmes naturels, qui entraînent des perturbations importantes.

Pourquoi parle-t-on d’anthropocène?

Les différentes strates de la sphère terrestre se voient impactées par notre activité. L’atmosphère, correspondant à l’air, est affectée par l’augmentation de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique et à la pollution de l’air. L’hydrosphère, correspondant aux divers plans d’eau présents sur la terre, est notamment touchée par le phénomène d’acidification des océans, qui absorbent une partie du CO2 rejeté dans l’atmosphère. De plus, les niveaux des eaux augmentent, ce qui cause plusieurs problèmes, comme l’érosion du littoral, la perte d’habitats pour de nombreuses espèces et la contamination, en plus d’augmenter le risque d’ouragans et de typhons.

De plus, la lithosphère (surface solide de la terre) et la biosphère (organismes vivants sur la terre) se voient également affectées, puisqu’on constate particulièrement une extinction massive d’espèces, l’augmentation de la pollution chimique et autres problèmes associés aux activités humaines.

L'anthropocène met en lumière le lien étroit entre la nature et la civilisation, permettant de dépasser la division traditionnelle qui existe entre les deux. La nature est toujours façonnée par l’humain, et à son tour, la nature limite les cadres de vie possibles pour les sociétés.

Billal Tabaichount, Coordonnateur au pôle influence du GRAME (mai 2019 - juillet 2022)

Qu’est-ce qui cause ces problèmes?

Le rythme auquel les humains utilisent les ressources naturelles pour le fonctionnement de la société n’est pas soutenable. Nous demandons à la planète beaucoup plus qu’elle ne peut nous donner. Ainsi, on estime que l’empreinte écologique humaine dépasse de 50% la capacité de régénération et d’absorption de la planète. Nous nous dirigeons donc vers un épuisement des ressources, qui est très problématique.

À titre d’exemple, les activités agricoles et la déforestation provoquent l’érosion des sols, ce qui les rend moins propices à la production d’aliments. Les scientifiques estiment que la dégradation des sols a déjà réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale. En parallèle, la population mondiale continue d’augmenter et la demande en nourriture également, ce qui accentue plusieurs problèmes comme la malnutrition et la perte de la biodiversité.

Les humains épuisent aussi les ressources en eau. Près de 10 % de la population mondiale habite dans une région affectée par une pénurie d’eau, ce qui renforce la problématique de l’insécurité alimentaire.

Quelles solutions à l’ère du capitalisme?

Pour parvenir à une transition écologique, un ralentissement de notre extraction et de notre consommation des ressources de la Terre est nécessaire. Les sociétés ont donc besoin d’une transformation des systèmes pour utiliser moins de ressources et mieux.

Une des solutions proposées est celle de l’économie du beigne, un principe développé par l’économiste Kate Raworth. Visuellement, ce modèle se traduit par deux cercles – d’où l’image du beigne – qui représentent un plafond et un plancher. Le plafond comprend 9 ressources planétaires que nous ne devons pas dépasser. Le plancher, quant à lui, possède 11 besoins que chaque humain a besoin de combler pour avoir accès à une vie décente. Notre consommation de ressources doit de ce fait se trouver à cheval entre les deux seuils, sans descendre trop bas, afin de permettre aux humains de continuer à subvenir à leurs besoins.

Cette économie du beigne demeure toutefois ancrée dans une perspective de développement économique, avec un potentiel de perpétuer l’exigence de croissance. À cela, certains proposent une solution misant plutôt sur la décroissance, qui sera abordée dans le prochain article de la série.

Quelles solutions à l’ère du capitalisme?

La notion anthropocène met en cause l’humain – mais tous les humains ne contribuent pas de manière égale à la crise climatique. Ce sont généralement les pays plus riches et développés qui polluent le plus. Ainsi, 10 % de la population mondiale est responsable de la moitié des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, tout en désignant un problème fondamental dans le développement de nos sociétés, le concept d’anthropocène cache a priori d’autres enjeux, tout aussi actuels.

Paradoxalement, ce sont les groupes qui polluent le moins qui sont les plus susceptibles de subir les conséquences des changements climatiques. Il est donc important de mener une transition écologique qui vise une diminution des conséquences de l’activité humaine sur la planète, mais qui tient aussi compte des inégalités sociales.

L’anthropocène est ainsi une ère où les humains, par leurs activités qui dépendent de l’exploitation de ressources naturelles, perturbent le cours naturel de la planète. Cela met en danger non seulement les différentes formes de vie sur terre, mais également notre avenir et celui des générations futures. Dans le prochain article, nous expliquerons un concept qui propose une réponse à la crise climatique : la décroissance.

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